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ATTENTATS BRUXELLES 22 MARS - INVITATION





Mercredi 22 mars 2017, au premier anniversaire des attentats qui ont endeuillé Bruxelles, tous les chrétiens de Bruxelles et tous les hommes et femmes de bonne volonté sont invités à se rassembler dans la cathédrale Saint-Michel et Sainte-Gudule à Bruxelles à 18 hrs. pour un temps de prière pour les victimes des attentats. Cette veillée de prière sera présidée par le Cardinal Jozef De Kesel.

Soyez tous les bienvenus.

Mgr Jean Kockerols, évêque auxiliaire pour Bruxelles

Info : Paul Emmanuel Biron - ( 02 533 29 06 - :  commu@catho-bruxelles.be

Et pourtant… Et comment ? Et maintenant ?

La fête de ND du Rosaire dimanche 16 octobre fut placée sous le signe de l’hospitalité que la Vierge Marie nous réserve dans son cœur quand elle intercède pour nous mais aussi l’hospitalité que nous nous accordons mutuellement lorsque nous nous accueillons avec bienveillance et prenons soin les uns des autres.

Ce fil conducteur a été décliné toute la journée, depuis l’homélie de la messe jusqu’à la conférence de Jean Hermesse, Secrétaire général des Mutualités chrétiennes, qui a précédé le repas, suivi d’un jeu, deux moments de convivialité, donc d’hospitalité mutuelle.

Pour Jean Hermesse, l’hospitalité n’est pas qu’une question individuelle. Elle transparait dans notre projet de société.

La recension qui suit est celle de sa conférence et du débat qui l’a suivi. Elle n’est pas fidèle au déroulement chronologique mais est plutôt soucieuse de cohérence thématique.

Etymologiquement, l’hospitalité renvoie à l’hôpital et, partant, au système de soins médicaux en général. Jean Hermesse en est un observateur privilégié dans notre pays depuis une bonne trentaine d’années.

Les études comparatives montrent que les résidents en Belgique sont réputés plus satisfaits de leur système de santé que ne le sont leurs voisins. Nombre de fonctionnaires européens n’hésitent pas à rester vivre en Belgique une fois qu’ils sont pensionnés.

Les praticiens sont bien formés, les infrastructures de qualité et pas engorgées : les consultations ne souffrent pas de délais d’attente importants, sauf en ce qui concerne quelques spécialités. L’espérance de vie en Belgique reste enviable.

ET POURTANT…

  1.  Alors que le territoire belge est exigu, il y a d’énormes disparités entre les habitants. Un Brugeois vit en moyenne 5 ans plus longtemps qu’un Anderlusien. C’est encore plus flagrant en matière d’espérance de santé. Ces importantes disparités sont avant tout dues aux différences de niveau d’éducation, d’habitudes alimentaires, de niveau de vie. 
  2.  La consommation de somnifères et d’antidépresseurs par les personnes âgées est en constante augmentation et va de pair avec leur isolement croissant : 34% sont aujourd’hui isolées contre 17% en 1970. A Bruxelles, les nombreuses maisons de repos hébergent une forte proportion de résidents encore valides, qui y recherchent la sécurité et à rompre leur isolement ; 
  3. Le taux de suicide des hommes de + de 75 ans est élevé.  Ces indicateurs interpellent. 
Les Etats voisins de la Belgique sont moins inégalitaires, preuve que des inégalités socio-économiques croissantes ne sont pas une fatalité.

Il ne faut pas réduire le niveau de bien-être dans un Etat donné à l’accumulation de richesses accumulées collectivement. C’est même le contraire lorsque l’accumulation de biens est atteinte au détriment du lien social. Nous sommes riches de biens mais pauvres de liens.

Le montant des indemnités d’invalidité versées en Belgique explose littéralement sans que les bénéficiaires sortent de la précarité financière. Une enquête interne aux Mutualités chrétiennes réalisée auprès de 500 invalides montre que la moitié ont du mal « à joindre les deux bouts » et n’ont aucun budget pour les loisirs.

 27% des hommes de plus de 60 ans sont enregistrés comme invalides. Entre 2000 et 2010 la Belgique a enregistré 60.000 invalides de plus, entre 2010 et 2015, 90.000 de plus et on en prévoit 120.000 de plus entre 2015 et 2020. 

Le mouvement s’accélère avec le vieillissement de la population : en 2000 la Belgique comptait 186.000 personnes de + de 85 ans, en 2030 ce nombre aura grimpé à 350.000 et en 2050, à 700.000 ! Le « baby-boom » d’après-guerre s’est mué en « papy-boom ».

L’allongement de la durée du temps de travail pour à la fois réduire le nombre d’inactifs à la charge des actifs et financer les pensions des seniors est inéluctable. Rien que les besoins de financement des indemnités d’invalidité ont crû de 1,6 milliard d’euro ces cinq dernières années.

Mais les palliatifs mis en œuvre par le gouvernement fédéral (volonté affichée de remettre le maximum d’invalides au travail, sous peine de sanctions pécuniaires) se heurtent à l’obstination des chiffres : seuls 7% des invalides sont prêts à retravailler. Ces mesures ne tiennent pas lieu de vision ambitieuse, précédant toute nouvelle stratégie d’envergure.  

ET COMMENT ?

A contrario de la Belgique, la Finlande est devenue très proactive pour éviter que l’allongement du temps de travail rime avec l’explosion du taux d’incapacité. Les seniors actifs travaillent principalement à mi-temps et dans des fonctions de tuteurs des actifs plus jeunes. Ils retrouvent de la considération aux yeux de la société en étant perçus comme une richesse humaine et plus comme une charge.

Remises au cœur de la société et plus reléguées à ses marges, les personnes âgées se portent mieux car « elles sont remises debout ». Les infirmiers de rue témoignent que le lien social soigne mieux que tous les médicaments et revient moins cher.

La Belgique consacre 10 % de son PIB aux soins de santé soit une quarantaine de milliards € chaque année. Les Etats-Unis, 17% ! Avec une espérance de vie moyenne plus basse, au niveau de celle des Cubains.

L’idée dominante reste que la croissance est le remède à tous les maux : plus d’investissements dans les soins de santé, de caméras de surveillance, de contrôles etc… Avec comme corolaire le développement de services marchands et le chacun pour soi (auxiliaires de vie à domicile « SeniorCare24 ») ou l’entre-soi (complexe immobilier « Bella Vita » à Waterloo), d’où le renforcement du clivage entre gagnants et perdants.

Or, l’aménagement du territoire (trottoirs accessibles, places publiques piétonnières, commerces de proximité, maisons de quartier, bibliothèques-librairies-cafés, jardins potagers publics, logements mixtes intergénérationnels, appartements communautaires dans chacun des grands immeubles d’habitation, ouverture au public de jardins privés, modes de transport doux tels le vélo, etc…) doit permettre aux différentes générations et classes sociales de favoriser les occasions de se recroiser gratuitement (fête des voisins, aide aux devoirs scolaires par les aînés, groupes de « tricoteuses », de cuisinières, etc…), de brasser leurs préoccupations.

ET MAINTENANT ?

Bruxelles est une agglomération cosmopolite qui recèle donc la richesse de la diversité des origines de ses habitants.

 Le café d’antan est devenu rare mais pas le bar d’unité. Uccle compte 2.000 scouts (garçons et filles) pour 80.000 habitants. Certains mouvements de jeunesse gardent la cote.

 Les Mutualités chrétiennes sont à l’origine de « Jeunesse et santé » (camps de vacances pour jeunes), Eneo (mouvement social des aînés), Alteo (mouvement social des personnes handicapées).

Chacun de nous a des talents. Comment les partageons-nous ? Plein de dépenses sont réduites, voire supprimées, lorsqu’on s’inscrit dans un réseau informel. C’est le cas des colocations étudiantes, de l’outil coûteux dont on se sert une fois par an et qu’on prête aux voisins. Il y a un risque qu’il soit moins bien entretenu mais il est transcendé par le bénéfice du lien humain cultivé.


Au Danemark, le nombre de résidents dans les maisons de retraite a chuté avec le développement d’une politique de maintien à domicile et de mixité des logements.

Cette tendance lourde s’inscrit dans l’économie du partage où l’usage des biens est plus important que leur possession, où l’être transcende l’avoir.

L’échevine Catherine Roba-Rabier, présente dans la salle, insiste sur l’importance de l’interpellation permanente des mandataires politiques par la société civile. Sans une société civile dynamique, les représentants politiques sont démunis.

En conclusion « Soyons le changement que nous voulons voir advenir » (Mahatma Gandhi)
                                                                               Christophe Coeckelbergh

La miséricorde chrétienne dans l’archipel carcéral.



La miséricorde chrétienne dans l’archipel[1] carcéral.
Un moine bénédictin partageait son étonnement avec moi quant au choix par le pape François d’une « année de la miséricorde », et il ajoutait que, jadis, on ne parlait pas de la miséricorde mais des miséricordes de Dieu. Le mot est, sans nul doute, tombé en désuétude, ainsi que beaucoup d’autres, non seulement dans le langage courant mais aussi dans le langage religieux chrétien. C’est donc une belle provocation à nous réapproprier des mots et leurs réalités en commençant par les miséricordes.
Partir de Dieu et atterrir en prison.
Que Dieu soit la source, l’origine et le principe de la miséricorde personne ne le contestera. Le problème se pose dès que l’on s’interroge sur notre capacité humaine en œuvrer dans la fidélité à ce que Dieu non seulement désire mais aussi ce qu’il est vis-à-vis de tout homme : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux (Luc 6,36) ». Nous connaissons cet enseignement et habituellement, il ne nous pose que peu de problèmes de conscience. C’est lorsque nous sommes confrontés au crime, à la déviance ou simplement à ce que l’on appelle « la petite délinquance » que notre identité chrétienne, nos convictions sont mises à l’épreuve- a fortiori si je suis victime ou qu’un proche souffre ou a perdu la vie. Notre réaction spontanée est de souhaiter l’arrestation et la mise en détention des coupables (ou présumés tels). Comment se fait-il que la police l’ait arrêté et qu’il soit libéré aussitôt ? Souvent nous entendons cette phrase lors des micros trottoirs dont raffolent nos médias. La plupart des citoyens méconnaissent non seulement les lois de notre Etat de droit, mais aussi les conditions de détention dans nos maisons d’arrêt à Bruxelles. Prenons l’exemple de la prison de Forest[2]. Il y avait 405 places, on y a enfermé jusqu’à 700 hommes dont certains partageaient à trois, neuf mètres carrés- le dernier arrivé dormant à même le sol. Dans deux ailes de la prison il n’y avait ni évier ni cabinet de toilette dans la cellule, seulement un seau qu’il fallait vider chaque matin. Ces prévenus, bénéficiant de la présomption d’innocence, pouvaient prendre deux douches par semaine et sortaient une heure par jour au préau, sauf la minorité des travailleurs qui connaissent d’autres conditions de détention. Chaque année près de 4000 prévenus séjournaient à Forest, en moyenne trois mois, dans ces conditions. L’aumônerie catholique s’occupe des 20 % de détenus de son obédience et est également amenée à rencontrer tout détenu qui accepte une visite quelles que soient ses convictions. La mission dépasse donc les clivages religieux ou philosophiques.
Une charte des aumôniers de prison.
Le tableau brossé plus haut est sommaire. Il suffit cependant à s’imaginer que l’on ne s’engage pas dans cette pastorale en dilettante. Six obédiences sont reconnues et subsidiées par l’Etat : les chrétiens orthodoxes, protestants et catholiques, les musulmans, les juifs et la laïcité. La direction générale des établissements pénitentiaires prévoit deux rencontres annuelles inter-obédiences avec la direction de chaque prison.
La charte des aumôniers catholiques néerlandophones dit avec beaucoup de justesse : « La pastorale carcérale se situe en marge de la société mais au cœur du christianisme, dans le paysage biblique du sens et de la recherche de sens, de la guérison et de la délivrance. Elle aide le détenu à se reconstruire et à reprendre le fil de sa vie. »
Diverses dimensions, non limitatives, sont constitutives de la mission de l’aumônier, elles illustrent les miséricordes de Dieu.
Être présent : aller vers les détenus, se libérer de tous les jugements et préjugés qui ont cours dans la société, être prêt à dire : « je ne sais pas ». Être humble. L’aumônier doit être présent, abordable, parole et signe. Il ne rougit pas de nommer le détenu « frère ».
L’attention créative : un aumônier ne doit pas d’abord enregistrer et analyser le récit, mais bien accueillir l’être humain qui se cache derrière le récit. Lorsque les occasions et les moyens le permettent, cette attention pastorale s’adressera également aux proches des détenus. Eux aussi sont souvent désemparés et perdus, en quête de sens et de compréhension, plongés dans la souffrance et la désillusion.
Un havre sûr : un aumônier sait qu’il foule une terre sainte lorsque quelqu’un l’entraîne vers les profondeurs de son cœur et de son âme, de ses faits et gestes. Un refuge dans un double sens, celui de l’asile où l’on se sent en sécurité, qui s’inscrit dans la tradition séculaire de l’Eglise et celui de l’oasis où l’être humain peut boire à la source de la Vie, dans la prière et le silence, où la quête de sens trouve un soulagement. L’aumônier ne pourra jamais se départir de cette attitude du respect du secret[3].
Le travail de réintégration : Un aumônier est plus qu’un embarcadère ou une caisse de résonance. Dans une perspective de réparation, l’aumônier est appelé à chercher avec le détenu le pourquoi profond de ce qui s’est passé et la meilleure voie de guérison et de réparation. Il ne peut faire l’impasse sur les questions concernant le sens et le non-sens, le préjudice et la honte, la faute et la grâce, la place de Dieu dans sa vie et les commandements. C’est à l’aumônier à percer à jour, avec miséricorde mais aussi sans détour, les échappatoires et la superficialité et à proposer franchement des gestes de repentir et de conversion. Il ramènera constamment le détenu sous le regard de Dieu, qui pardonne et qui guérit.
Un être de foi et d’espérance : Dieu a semé des graines de bonté en chaque homme, l’aumônier se fera un devoir de les faire germer, de les faire croître et de leur faire porter du fruit.
Puiser à la source : Un aumônier ne doit pas sa plus-value et son dévouement, sa passion et sa ferveur en premier lieu à ses compétences, mais, à l’image du Christ, à son attachement au Père. Il souhaite faire boire le détenu à cette même source et l’y invitera tout en respectant son propre cheminement. Il laissera une place privilégiée, lors de ses entretiens, à la Parole de Dieu, à la prière, à la lumière et au soutien pour l’être si peu sûr de lui, à la consolation et au courage pour l’homme blessé et dévoyé, avec beaucoup de modestie, dans la foi en l’amour de Dieu pour chaque être humain. L’adoption d’une position critique et prophétique veillera à ce que l’humanité l’emporte toujours sur la sécurité.
Et les victimes, vous y pensez ?
Il nous est parfois reproché de nous occuper exclusivement des détenus, comme si nous ignorions la souffrance des victimes. Or, il n’en n’est rien. Les extraits de la charte montrent le contraire.
Par ailleurs, elles sont rarement absentes du récit du détenu, elles font partie de son histoire. Il me semble que l’aumônier de prison doit ressentir une double sympathie, pour la victime et le coupable, ils font partie de la même humanité. Dans le récit de la Genèse Dieu protège Caïn (Genèse 4,9-16) tout en lui reprochant le meurtre de son frère Abel.
La croix, qui est présente dans la chapelle, montre Jésus le Crucifié, victime offerte pour nos péchés. Cette contemplation est plus éloquente que tous les discours.
Marie occupe une place essentielle. Il est édifiant de voir les détenus chanter, à la fin de la messe tournés vers Marie. Certains touchant ses pieds. Elle aussi représente les victimes, ce qu’elle fut, dans la souffrance de voir son fils torturé et mis en croix.
Les larmes de conversion qui coulent sur les joues de certains détenus, lors de l’eucharistie ou du sacrement de la réconciliation et de la pénitence ne mentent pas. Ils ne pleurent pas que sur eux-mêmes.
Pour le dire en peu de mots, les équipes d’aumônerie en prison, participent à un processus reconstructif, tant du détenu que des victimes. Il y a là une double démarche théologique de rédemption et de résurrection.
La miséricorde dans la loi.
La loi dite « de principes » du 12 janvier 2005, votée au parlement mais entrée partiellement en vigueur, vise à limiter « les effets préjudiciables de la détention » et élabore un statut juridique du détenu en tant que sujet de droit. La loi contient elle aussi une forme de miséricorde, les articles 75 à 79 définissent le rôle et les droits des obédiences, parmi ces articles il est fait obligation aux aumôniers et conseillers de visiter en priorité les détenus au cachot, à l’isolement ou au secret.
« Les hommes sont comme les mots, leur histoire en dit plus long que leur définition. » Charles-Maurice de Talleyrand

Abbé Thierry Vander Poelen

Pour poursuivre la réflexion sur le monde carcéral.
Philippe Mary, La politique pénitentiaire, Courrier hebdomadaire du CRISP n°2137, Bruxelles, 2012.
Michel Foucault, Surveiller et punir, Naissance de la prison, Gallimard, s.l., 1975.
Les ouvrages récents du criminologue Dan Kaminski présentent un grand intérêt.


[1] Le terme d’archipel est emprunté à Michel Foucault, cf.infra, et à Alexandre Soljénitsyne.
[2] La prison de Forest a été une maison d’arrêt où se trouvaient des détenus en préventive (en attente de leur procès ou de leur libération si aucune charge n’était retenue contre eux) et une annexe psychiatrique, elle est transformée progressivement en maison de peine (fin octobre 2016) où seuls se trouveront des condamnés dont les conditions de détention seront très différentes de celles décrites plus haut.
[3] Les aumôniers et conseillers sont tenus au secret professionnel aux termes de l’article 458 du code pénal. Trois dérogations sont prévues à l’article 458 bis. Il est généralement admis, dans l’aumônerie catholique, que ce colloque singulier revêt un caractère de secret absolu comparable au secret du sacrement de la réconciliation.
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